10.31.2026

Nous devons nous assurer que c'est bien vous.

 


 

 Il est probable que lors des temps de montée des totalitarismes, les émois se mêlent à une sorte de stupeur. La sensation, quasi physique, d'être cerné, étranglé, enfermé dans un filet serré de paradoxes, d'aberrations, de mensonges qui ne peuvent plus même se désigner comme tels, la "vérité", les faits, leurs descriptions pouvant devenir, simplement, obsolète, la portée de ce qu'on nommait une "parole" étant définitivement réduite à un artifice du passé.
La vérité, et sa quête, la volonté de mettre cette quête comme phare, bouée, à attteindre est obsolète.
C'est à dire que la défendre ou non, c'est en tout point pareil.
La vérité est ensevelie sous les lectures tendancieuses de l'idéologie.
L'idéologie et ce qu'on lui fait dire précède la vérité.
Et c'est ça, le totalitarisme, quand l'idéologie pose ses pattes grasses sur la réalité, quand elle l'unifie, la catégorise, la refond, l'émascule, laissant chacun face à un choix : celui de se noyer, de noyer son intégrité, sa capacité à se détacher des diktats, des ordres, des interprétations aménagées pour lui et de se décrire ainsi comme détenteur de la vérité au nom du bien... individuel, social, et des visions de l'avenir qu'il dessine à travers des slogans et des images de rédemption révolutionnaire, ou celui d'être frappé de stupeur, une sorte de stupeur renouvelée quotidiennement face à la désintégration de quelque chose comme la pudeur intellectuelle.
Le totalitarisme, c'est quand l'ennemi, de classe, de religion, de "race", de goûts, c'est à dire en fait n'importe qui qui ne s'affirme pas détenteur de la lecture de la réalité modélisée comme déjà sue par certains et déformée, niée par d'autres, permet de ne plus pouvoir, du tout, plus pouvoir absolument, s'appuyer sur autre chose que le terrain boueux et sans bord du discours radical : celui qui ne sait que CONTRE quelqu'un, quelque chose, et qui fait primer ce savoir sur la considération critique de la complexité et le travail et le temps nécessaire pour l'effleurer.
Le totalitarisme, c'est quand un pays, un peuple, a besoin de désigner du rebus, du déchet, du béotien, du moins que rien parmi les siens pour accéder à la frénésie du pouvoir.
C'est quand rien ne fait plus obstacle à ce qu'il est possible de nier, de renier, de rejetter, de condamner, de détruire de blâmer, de juger, de massacrer s'il le faut afin de se frayer un chemin vers les limbes purifiées des scories du grand soir.
Le soir de ce qui est .. enfin, advenu.
Au fond, le contenu des mobiles, l'énoncé des motifs de censure et d'extradition, voire de meurtres collectifs n'a aucune espèce d'importance.
On a quitté le champ de la dialectique, le champ de la relativité du savoir pour entrer dans une vision d'une vérité absolue et à venir dans sa matérialisation.
Une vérité sanglante, à chaque fois, et si totale, si pleine, si parfaite qu'elle vient s'imposer aux côtés des ratiocinations de la réalité, avec ces zones molles et ses parts d'ombre.
Du passé, faisons table rase, goulags, camps de rééducation, parce que le passé du totalitarisme est une erreur, un suite de fausses directions et d'abus à corriger, pas une histoire, pas l'histoire mais une sorte de chancre à éradiquer afin de trouver, enfin, enfin, une société et une organisation poltique saine et exempte de l'erreur.
Nier le passé comme évidence, comme incontournable travail du temps pour lui donner un statut d'errement, de méprise de l'humanité sur elle-même.
Le totalitarisme SAIT ce qu'il devrait en être de l'humanité.
Et son énergie, à travers la voix de ses chantres, est centrée, ardemment, comme dans une sorte d'érection permanente, à la mise en forme de ce qu'il nomme, au choix, le peuple, la masse, afin de l'éduquer, de le modeler, de le guider, pour le faire advenir à cette humanité qu'il connait.
Il est probable que lors de sa montée, comme lors d' une poussée de fièvre, ceux qui sont ce peuple, cette masse, c'est à dire ceux qui, de gré ou de force, se doivent de rester sur le bas côté et d'observer les chantres leur dessiner en vociférant leur propre destin, sont pris dans une sorte de sidération, de dépossession où les passions les plus sordides, les velleités arrivistes les moins dignes, les traits grossiers des formes les plus archaïques de la bêtise tendent une sorte de voile autour de leurs facultés de penser.
Il s'agit, psychiquement, de se tirer d'affaire face et dans ce déluge quotidien d'irrationnel et d'inconscient collectif à l'acte, qui vous met e permanence en demeure et vous enjoint d'être concerné, impliqué, sur des lignes et des oraisons qui vous sont totalement étrangères et qui vous semblent sans intérêt. Meurtrières mais sans intérêt.


EG