La tour de Pisa
Les mathématiques peuvent expliquer le monde à condition de se souvenir qu'il existe.
Bon, nous y sommes, une sorte de réveil des masses et de leurs divers cors de chasse qui sonnent la retraite, la débâcle, le catastrophe !!!
Mais il ne s'agit pas seulement d'un résultat tombé du ciel, non, c'est une maladie sournoise, chronique et à qui on a appliqué d'année en année les stratégies de la saignée, plus c'est faible, plus on prélève dans la chair de ce grand corps malade qu'est l'Education nationale.
Alors voici ce qu'on va en dire de cet écrasement, si prévisible et si honteux d'aveuglement sur la multiplicité de ses causes.
1. Il y eu dans les années 80 une sorte d'éveil à la logique progressiste, clairement venu des USA et qui a porté une injonction dont on a cru qu'elle était révolutionnaire, il a été enjoint de "mettre l'enfant au centre du système éducatif".
Ca semblait généreux, enfin respectueux de la réalité enfantine, un peu étayé sur des paramètres scientifiques, donc, pas de quoi avoir peur.
Seulement, là encore, ça partait de prémisses absurdes : il n'existe pas d'école "en soi" , c'est à dire détachée de la société à qui elle sert de terreau. Donc, l'enfant, pris lui aussi "en soi" n'existe pas sauf à être modélisé. L'enfant, c'est avant tout, dans le cadre de l'enseignement, un être qui va devoir absorber certains paramètres culturels communs, une sorte d'image en mouvement de l'adulte qu'il peut souhaiter devenir dans un monde où tous les acteurs sont en constantes interférences pour former la dynamique d'une culture.
Donc, une école qui se leurre à penser qu'elle intervient sur un enfant postulé connu, maîtrisé dans ses processus d'apprentissage, évaluable, diagnosticable, auquel l'élève est soudainement réduit sans tenir compte de ce qui est transmis comme savoirs autrement que dans un contexte d'acquisition de "compétences" est vouée à l'échec.
2. Cet échec a été facilité, poussé par l'intrusion du scientisme biocognitiviste, avec ses tentatives de faire croire que tout enfant en panne, quelle que soit la panne, et même en son absence, était casable sur une grille médicale nosographique et que tout rapport à l'apprentissage défaillant pouvait être identifié en identifiant l'enfant qui le porte. Les enseignants, tout à la pédagogie différenciée, c'est à dire à l'illusion que pour que "ça " apprenne, il suffisait "d'adapter" , oblitérant le fait que les contenus, en tout état de cause étaient d'abord des annexes d'une culture générale, le fruit d'une histoire, et que l'objectif de les assimiler ne changerait pas quelle que soit la bonne volonté des fiches ou des progressions individualisées.
On a donc eu, pain béni pour l'aveuglement pédagogique, l'imposition de pathos des acquisitions comme la "dyslexie", la "dysorthographie", la "dyscalculie" etc. tous ces malades imaginaires du cognitivisme allant jusqu'à rater la marche logique suivante : parler d'un dysfonctionnement de quoi que ce soit qui n'existe que dans le cadre de son propre apprentissage, c'est à dire une orthographe en acquisition, une maitrise du calcul lui aussi en acquisition, donc impossible à cataloguer comme objet finalisé déjà-là et qui serait touché a priori, mais à remettre dans un processus à développer, c'est à dire comme matière première de l'école-même, donc certainement pas comme un trouble, amène à la fois les enfants concernés, leurs parents, et bien sûr les enseignants, à faire glisser dans les soutes les vraies questions de méthodes, de sens, la place donnée au cadre de ces mêmes apprentissages, leur valeur et leur sens aux yeux des adultes entourant l'enfant, la place de ces matières et leur maîtrise comme outil chez les parent auxquels s'identifier, leur capacité à être aussi synonymes d'un monde auquel avoir accès et non pas seulement d'une sorte de pensum imposé sans que quiconque explique sa finalité.
3. Paradoxe qui rendrait tout le monde déficiant : une école où l'égalité est élevée au rang de religion mais qui adule l'individualisation. Donc, tous égaux, c'est à dire une inclusion de force de toutes les différences en ayant comme mantra que si elles sont fondues dans le collectif en fonction du critère unique de l'âge et non des capacités, on aura presque réussi à les faire disparaitre, soulagement des parents, bien sûr, mais contradiction nodale avec les catéchèses des différenciations. Résultat probant ne tardant pas à se faire sentir, dans l'omerta occultée par des avalanches acronymiques qui deviennent la seule réalité du "changement", humanisée par un diktat de bienveillance globale où tout le monde souffre : enfants, aides scolaires, et bien sûr enseignants.
Car l'intégration se faisant pas force mais avec l'idée qu'il suffit d'une présence adulte pour "aider", dans la classe, et ce quels que soient les symptômes de l'enfant, devant rester assis comme les autres, ou bénéficiant d'un régime spécial dont la mise en place perturbe évidemment le cours des séquences pour les autres, amène un climat délétère d'instabilité, un inconfort de tous, une négligence des élèves "ordinaires" qui ne peuvent plus bénéficier des conditions d'apprentissage ni de la présence pleine de l'enseignant, qui, eux subissent des effectifs hétérogènes mais tout aussi chargés, tout ça pour aboutir à une "inclusion" qui ne fonctionne jamais dans le champ relationnel spontané des enfants.
Les élèves en situation de handicap n'étant pas assez protégés, les autres pas assez stimulés, cette bienveillance a été une source de misère silencieuse car impossible à évoquer sans subir les foudres des technocrates égalitaristes.
Une classe, ça se guide sur une année scolaire comme un navire, et dans ce navire, avec son histoire, tout le monde doit viser une sorte de pôle et desprit communs quant à l'atmostphère de travail, la construction de projets, le partage des connaissances etc.
Des enfants qui, de toute évidence, ne peuvent pas assurer leur présence et le sens à lui donner malgré tous les dispositifs et qui sont en berne et en souffrance alors qu'ils pourraient se reconnaître si bien dans des groupes restreints où les injonctions de programmes, les rythmes peuvent être aménagés en fonction de la vie de leur classe, alors enveloppe, membrane souple, mobile et rassurante sans laquelle aucun apprentissage n'est possible et au sein de laquelle, pour les matieres fondamentales leur est attribuée toute latitude de temps et de soutien en dehors des astreintes si peu productives du seul groupe d'âge..