5.23.2026

Auctoritas tutoris

Auctoritas tutoris

Il s'exerce, depuis quelques décennies, un véritable travail de sape de l'image de soi des peuples occidentaux, travail exercé méthodiquement à travers les pressions idéologiques culpabilisantes du postcolonialisme, de l'identitarisme qui a réussi à exploser tout sentiment d'appartenance autre que celui lié d'une façon toujours revendicative, toujours victimaire, à des communautés basées sur des critères physiologiques devenant des arguments culturels à "la persécution".
A celà s'ajoute évidemment le retour de bâton écologiste qui pointe sans cesse les excès supposés des microcosmes familiaux, individuels, dans leur responsabilité présentée comme évidente dans la future apocalypse planétaire.
Ce travail de moyen long terme de démembrement des appartenances nationales comme outils de reconnaissances et supports apaisants, fédérateurs, de l'altérité s'est accompagné d'une remise en cause radicale de l'autorité, incarnée historiquement par le Père et progressivement immergée jusqu'à la noyade dans les attaques incessantes contre le mythique "patriarcat", entité, comme tout élément dogmatique, à la fois vide et plein, impossible à clairement définir historiquement mais pouvant s'utiliser lors de tout questionnement des rapports au pouvoir.
Sous nos yeux, se sont délités toutes les valeurs censées créer la trame des liens sociaux, toutes les valeurs, en fait, permettant à chacun de se positionner sur des échelles liées à l'âge, à la culture, au niveau de performance, à l'expérience et au bout du compte à tout ce que le monde "adulte" est supposé devoir transmettre à ses progénitures pour qu'elles grandissent dans un monde balisé et porteur de sens.
Nous nous retrouvons ainsi face à une population d'enfants et d'adolescents ayant grandi dans un monde où chacun se vaut, où chacun est, avant tout "égal" à chacun, sans vraiment que cette supposée égalité ne soit jamais clairement, elle non plus, formalisée d'autant plus qu'elle s'impose aux côtés des bûches idéologiques de "la différence".
Mis à part le paradoxe intrinsèque de cette cohabitation, l'aporie, l'effritement logique se matérialise collectivement plutôt comme une sensation, un léger vertige parce que ces pièces de langage sont avant tout des effets de style justifiant des orientations moralo-éducatives fondamentales où ce qui cherche à se cacher est l'indigence du rapport aux contenus proposés, par ce monde dit "adulte" qui ne les glorifie pas, ne se les approprie pas comme incontournables, humanités devenues des tableaux excels, aux enfants dont il a la charge.
Sous le masque de l'ensemble des mesures de "bienveillance" qui ont pris la place des critères de succès, chacun est tenu de porter à la fois sur ses propres enfants et ces mêmes enfants sur eux-mêmes un regard clivant, l'isolant dans sa "différence" supposée lui donner des "droits" sans que ces mêmes droits ne soient jamais précisés autrement qu'avec les poncifs d' "égalité dans l'accès au savoir".
Cet accès, postulé comme déjà-connu, maîtrisé, se parant de "méthodes" scientifiques spécifiques, dont la connaissance relève plus de l'ésotérisme et de l'initiation des élus que d'une réelle théorisation expérimentale et offrant, à longueur d'évaluation, la vision cruelle plutôt d' un champ de bataille perdue que d'une voie royale vers l'épanouissement intellectuel et social des populations.
Ce qui n'a pas été compris, ou plutôt qui a été à coup de censure, de stigmatisation, d'auto-condamnation, refoulé dans les soutes dites "d'un autre âge", c'est que cet " accès" pour être un moteur et devenir une bonne raison de vouloir grandir, implique un point, un but, un horizon vers lequel se tendre, tendre l'institution et ses bénéficiaires.
Ce "savoir" dorénavant modelisé, évalué, compétencisé, est devenu une sorte d'entité glauque, disséminée, sans saveur, sans prix, pouvant se revendiquer par tous, détenu d'une manière implicite par l'enfant au même titre que par son tuteur, nivellant encore les différences tout en les revendiquant aussi intensément qu'il les nie.
Comment pouvoir emmener des jeunes créatures "vers" quelque chose si on ne leur donne pas la certitude que ce quelque chose est détenu par quelqu'un et que le jeu de frustration, de déception, d'échec, de temps inévitablement lié à tout apprentissage, même celui de ce qu'on nomme "la vie" vaut la peine parce qu'il a comme vocation d'être dépassé, incorporé pour se mêler à cette "grande personne" qu'il sera, inévitablement, un jour.
Cette composante dynamique et projective par contre, ne peut s'appliquer que si ce monde des "grandes personnes" affirme sa différence, son statut, sa responsabilité et son droit, infrangible, à savoir ce dont elle parle et à le dire.
Autrement dit à faire taire tous les parasites comportementaux, les conséquences psychiques des aberrations éducatives, les attitudes d'opposition facilitées voire encouragées comme modèle, le goût du bruit vain, la vanité naïve de ce qui caractérise les enfants livrés à leur propre loi, non soumis donc à l'autorité acceptée qui a le pouvoir, devrait avoir le pouvoir, de les protéger non contre le monde mais contre eux-mêmes.
L'arrachage méthodique à la fois du Père comme figure inaliénable de la structuration et de l'homme devenu une sorte d'épouvantail libidineux a simultanément réduit femmes et enfants à demeurer des mineurs toute leur vie et à les laisser croupir dans des passions propres à l'enfance : envie, plaisir immédiat, vengeance, autocentrage etc.
Passions qui dans leur expression victimaire sont devenues également les modalités relationnelles des hommes, qui pour survivre à cette femellisation culturelle totalitaire, se doivent de se plier aux codes et accepter que leur parole ne vaille plus rien sur le marché de la lutte contre la patriarcat.
Or c'est bien autour de la Parole, donnée, comme engagement absolument premier, que le monde adulte peut et doit se dresser afin de permettre aux générations qui lui succèderont de s'appuyer sur un enrobage solide de leur avenir.
C'est bien sur la parole et son rapport à la vérité cherchée comme nature même du processus d'apprentissage que s'étaye, s'étayait le rapport pédagogique.
En remettant en cause le lien d'autorité vertical intergénérationnel, ce qui a été éliminé est le dépôt de confiance dans le savoir adulte vers lequel, quelle que soit la crise gnostique de manie progressiste dont le monde est atteint, tout enseignement doit tendre.
Ce contournement de l'autorité s'est accompagné, dans tout l'Occident, d'un accroissement des doutes sur TOUTE l'espèce humaine et d'une dévalorisation massive de sa valeur.
Et c'est une évidence, comment s'appuyer sur les capacités à modeler l'avenir sur la dimension dynamique intergénérationnelle si la passe ne s'effectue plus voire, et pire, si elle a complètement abandonné le champ symbolique interrelationnel ?
Les pressions de la technocratie thaumaturgique laissant s'imposer la nécessité de remplacer l'Humain par une intelligence artificielle qui pourrait parfaitement lui succéder, peut sans encombre s'imposer comme la seule passe envisageable, le seul lieu validé où les questions, toutes, trouvent leur réponse.
La maitrise, même hypothétique, caractérisant l'accès au statut adulte comme initiateur de son propre destin ayant péri avec la pénétration d'inepties comme "la jeunesse éternelle", la valorisation de cette jeunesse "en soi" même si elle a surtout et uniquement l'avantage d'être une forme de modèle de l'Homo-consumeris aisément manipulable puisque laissée seule face à sa propre image.
Il est peut-être nécessaire de reprendre en main les caractéristiques du monde adulte, en terme de valeurs morales, comportementales, projectives avant de tenter quoi que ce soit sur les adolescents qui, comme on le voit quotidiennement, en sont réduits à faire eux-mêmes leur propre loi et exhibent, à travers l'impératif de la violence comme mode communicationnel, l'extrême désarroi existentiel dans lequel ce mode adulte les a laissé.EG

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