6.30.2026

Bagatelle pour les massacres N°2

 Bagatelle pour les massacres
N°2
Nous sommes dans les temps du "commentaire", quelle que soit la stratégie (dés) informative des médias, leur "bord" politique, leur penchant pour la propagande, indépendants ou inféodés, les nouveaux prêtres, ceux qui faisaient, comme on dit, l'opinion, mais qui maintenant se contentent de la suivre lâchement, imposent le modèle d'un schéma discursif d'insignifiance, doublé en toile de fond par le flux nauséabond des centaines de vidéos "toutes scandalisées" que n'importe qui, dans sa voiture ou non, se contentant de hocher la tête en filmant sa face en premier plan, comme si c'était en soi une forme d'argument ou de connaissance à transmettre, entrain de reproduire une autre vidéo qu'il a glané, comme tout le monde, sur internet et déterminé à avoir son mot à dire parce qu'il le vaut bien et pour la publication de laquelle il s'affiche grand expert des causes, toutes, immédiatement après l'effet de manche, perdues...
Ca commente, ça commente.
Et le commentaire devient la seule voie d'accès aux faits, commentaire du commentaire, tournant le temps nécessaire au refroidissement de l'appareil et devenu un des seuls talents analytiques de la démocratie totalitaire, ayant forme de loi de l'échange, en vigueur dans l'Ere de la Poufiasse.
Commentaires incessants des quelques élus nouveau genre des médias dits indépendants, qui disent au fond tous la même chose, présentent, au nom d'on ne sait quelle expertise, des figures de la médiocrité bien installées dans la place médiatique, s'autorisant à commenter le commentaire en laissant agir en eux la lègère excitation, la légère griserie que provoque, pour tout le monde, essayez donc ! le simple fait de se regarder parler librement sans tenir compte du public. Griserie de la mise en scène des egos qui leur sert de légitimité face aux "évènements" sur lesquels ils s'autorisent à se pencher.
Logorrhée d'un bar de la Belle époque, devenue seul modalité d'appréhension du monde.
Et on a là une voie royale pour les passions collectives les plus décérébrées, les causes qui se suffisent de quelques beuglements pour se dire légitimes : les éventualités devenues des évidences d'une prolifération de candidats au poste le plus symbolique de l'état : des médiocres, des insignifiants, des malades, des creux, des paranoïaques, tous à égalité, tous pareils, tous impuissants mais nourris de cette purée inclusivo-massifiante en sont un signe.
Pas un bon signe.
On a laissé s'imposer la fortitude en gueule comme outil de conviction, l'impunité de l'argument si il est braillé assez fort, l'absence de retour des décisions, la bêtise pouvant, au nom de l'affiliation à des postures résolument révolutionnaires, s'ériger comme pardonnable a priori. L'inculture comme règle de fonctionnement et avec elle, l'avis sur tout comme point de vue défendable, sans matière, sans réflexion, juste avec le bréviaire des préjugés et la désignation des ennemis faite sans faillir, sans y penser, comme ça, parce que c'est comme ça que tout le monde fait.
Et ce n'est pas même la peine de donner des noms, parce qu'il n'y a aucune espèce de degré de compétences entre les membres de cette mafia politico-médiatique qui croit que gouverner c'est avant tout éliminer tout ce qui bouge ailleurs que dans son pré carré.
Des rivalités de stars déchues, des accusations tirées avec constance d'un coin de l'élite à l'autre, parce qu'ils ont la preuve dans ses commentaires que ce qui leur arrive peut vraiment intéresser le populot.
Par à-coups, pourtant, le niveau du délabrement s'impose, sorte de retour de la manivelle de l'imposture en creux quand le réel fait tache, quand ce qui bouge en bas dans un silence effroyable et une ossature liquéfiée, se montre suffisamment monstrueux.
Pas de problème, la recette comme une bonne ingestion de ce qui doit s'en dire parce que... quand même, face à l'incompréhensible qui devient, malgré tout, la norme, un petit commentaire du commentaire sera toujours le bienvenu.
Et dans ce spectacle, les "acteurs" deviennent à leur tour les héros de l'ére de la Poufiasse, tout troublés de se voir donner la parole alors qu'ils ont été baignés dans un baril d'indifférence et de méconnaisse depuis toujours.
Alors ça gueule encore un peu plus fort : des responsables, des coupables, des têtes à faire tomber bon dieu de bon dieu !!!
Quand on se contente de commenter depuis des décennies, on confond assez vite les causes et les conséquences, collé aux évènements comme un mouche sur une fiante.
Quand on se contente de commenter, avec bien sûr la moue de dégoût à l'égard de ce qui vient troubler votre quiétude intellectuelle de la morne plaine tout en vous donnant une légitimité à vous prononcer, on ne peut pas relier les éléments qui constituent le tableau, ni faire autre chose que de donner à ceux de ces éléments les plus criants, les plus insupportables une sorte de statut d'élite dans la répétition de l'horreur.
On commente, on dit : c'est affreux, il faut qu'ils soient punis, il faut que celui çi, plutôt que celui-là soit le dernier, sans être capables de reconnaître les vagues de fond qui ont trainé ces cadavres sous nos yeux.
Sans comprendre que tous ces cadavres, ces assassins, ces victimes, font tous partie de la culture que ces mêmes médias et ces pantins ont générée depuis trois générations.
Que si un d'entre eux est devenu victime, c'est pur hasard et que dans d'autres circonstances il aurait peut-être pu se retrouver de l'autre côté du manche, dans cette bouillie éducative collective où plus personne ne sait plus qui il est ni que faire de lui-même, à force de médiocrité, de vide intellectuel et moral sidéral, de diagnostics scientistes imbéciles et faciles faisant foi sur le mal à être de petits d'homme, de paresse collective face à la parole et aux exigences, qui sont pourtant le seul moyen de valider et de soutenir une existence quand on les lui impose,
Parce que ce qu'on voit, chers baveux, en amont de votre commentaire insipide, c'est un fruit, un résultat, le seul mode d'échange de ces mâles qui, même si leur crime est qualifié, d'une façon révélatrice à lire à l'envers, comme celui d'un "homme", ne seront jamais des hommes parce que les hommes ont été, depuis longtemps, enterrés.
A suivre.

 

Bagatelle pour les massacres

N°1 

Bagatelle pour les massacres N°2