Bagatelle pour les massacres
Il nous manque, à chaque fois, la suite.
Les "coupables" sont arrêtés, interrogés et le public, secoué avec régularité face à une horreur telle doit avoir recours à ce qu'il maîtrise au mieux, la plainte, l'offuscation, ajoutant le RIP, devenu sans qu'il en ait conscience, obscène de bêtise et d'inconsistance face à l'incompréhensible, lourd, sans pitié des faits et de surtout, ce qui nous échappe pour les envisager.
Pourquoi ?
Pourquoi ce qui est dans toute l'histoire humaine de l'ordre du dernier recours, la mort infligée comme bouclage ultime, la mort préméditée quelle qu'en soit l'issue par le port des armes blanches devenu une quasi obligation comme moyen de "régler" les comptes, pourquoi est-ce devenu, à travers la répétition quasi quotidienne, une sorte d'évidence ?
Alors nous devons commencer par faire le ménage dans ce qui vient nous aveugler, même si ne pas voir rassure.
La catégorisation d'une tranche d'âge et de population impliquées dans ces assassinats "marche", statistiquement, on retrouve en effet majoritairement une population fille de l'immigration, ou fraîchement arrivée dans l'eldorado décrit en amont pour justifier l'exil.
Mais tous ces prénoms, attendus, comme devenus une sorte de référence afin d'éclairer un peu de qui semble si aberrant, on constate assez vite qu'ils ne s'appliquent pas toujours, pas pour tous, que donc, dans la liste des exactions monstrueuses, émergent aussi des "locaux" et de plus en plus souvent, une géolocalisation de plus en plus ouverte, touchant les villes moyennes semblant auparavant épargnées.
Et, comme par exemple, le coupable de l'étranglement du petit garçon de douze ans, à Rennes, pourra nous le suggérer, le placement du meurtrier, l'aspect si dérisoire des mobiles du crime, tout ça a fait qu'on a pu dans la réaction de masse, le reléguer du côté assez sécurisant pour les âmes, du pathos individuel.
Et, là, récemment, dans ce tabassage réitéré ayant conduit à la mort, même chose, on reste en suspend face au mixage ethnique : surprise, incompréhension, balbutiements...
Alors on va une nouvelle fois dire ce qu'on en sait : que la qualification par origine est le voile qui permet de cacher le mal de fond, la blessure, la béance de ce qui a déchiré, définitivement, le tissu de la transmission et du portage intergénérationnels.
Que si le nombre peut servir d'explication, il n'a comme valeur ontologique que celui d'une donnée dans un contexte socio-culturel beaucoup plus vaste : composition des familles, localisation et enfermement dans les quartiers, rôle des services sociaux qui ne peuvent pas, plus, répondre dans leur forme actuelle aux mouvements de fonds d'ordre anthropologique qui secouent les bases de la société, effondrement de la représentation et discrédit complet des images de l'autorité avec dix ans, c'est à dire la vie presque entière des perpétrateurs, d'un pouvoir vicié, sans assise, d'un état sans tête ne faisant plus barrage ni limite, incapable de s'engager sur une parole, et sous-jacent, le spectacle incestueux offert chaque jour, qui, à la fois cause et conséquence, a définitivement décapité l'état.
Il faut tout de même constater que ce sont les MERES, exclusivement ou presque, qui viennent plaider haut et fort pour les fils à travers les tunnels médiatiques qui leur offrent leur visibilité entretenue.
Nous sommes dans une sorte de face à face entre la nouvelle forme du matriarcat et la question qu'elle pose aux instances de la loi et de la procédure judiciaire défaillantes, seules mises en cause et devenues le miroir d'une absence sous-jacente de la Loi, qui faute d'incarnation, ou de représentation symbolique, ne peut plus se questionner.
Les mères qui, chacune à sa façon et suivant sa cause, tentent de confronter l'impavide impuissance de l'état et la sclérose en plaques de son système judiciaire.
Comme dans la figuration de la descente de la croix, les fils martyrisés sont allongés dans les bras, dans la matrice, mais le ciel est vide.
Le pére est mort.
Et ce dont nous observons les symptômes insupportables, c'est cette mise à mort qui l'a engendré, travaillant au corps social depuis deux générations, elle a écrasé toute la trame structurante, individuellement et collectivement, des différences.
Dans un écrasement intergénérationnel des savoirs, revendiqué, dans une religiosité obséquieuse dévouée au culte de la jeunesse, dans une idéalisation mortifère de l'Enfant, dans une pression latente à l'élimination de l'âge comme témoin unique de la vie qui s'écoule, dans une démocratisation telle de l'autorité que tous peuvent se croire à même de prendre la parole, qui elle, ne sert plus qu'à commenter.
A ceci, à cela, on pourra ajouter évidemment la force identificatrice des contenus de "divertissement" et de leurs héros, du fatras démagogique des médias qui génère une sorte de bouillie culturelle de l'émotion sans issue de secours, des accès sans limite d'âge aux soutes pornographiques et des jeux vidéos où seules la disparition et la mort sont imagées, données comme une évidence, dans des mises en scéne où seul le lien à l'autorité à travers les caricatures, toujours les mêmes, du bon flic sont susceptibles d'être figurées et toujours dans une débauche d'hémoglobine.
Ces adolescents, voyez vous, c'est la démission absolue du monde adulte face à ses devoirs qui les a forgés : mères seules survivant grâce aux allocations que ce même fils permet d'encaisser, cellule familiale érasée au profit de la horde au pouvoir horizontal, enseignants pétris d'égalitarisme et de progressisme sans fonctions identificatoires constructives possibles, on ne s'identifie pas à un pair, jamais.
Canyon, vertigineux, entre les mondes adultes ayant charge du même individu mais se vouant une haine à peine voilée, dévalorisation des savoirs au profit de l'idéologie et évacuation de la transmission, incontournable pour prendre place dans la lignée, au profit des archétypes des "outils" d'apprentissage., laxisme, lâcheté, peur...
Nous pouvons commencer à mesurer les conséquences des décennies éducatives précédentes, et, bien sûr leur offrir comme réponse l'éternel syndrome de la saignée : mêmes solutions aux mêmes problèmes créées par ces mêmes solutions, désincarnation des contenus.
Le mirage du discours politique, ou plutôt de son indigence totale, peut faire croire, d'un côté comme de l'autre du rideau de fer des aveuglements, que nous sommes face à des phénomènes socio-économiques ou idéologiques et qu'il suffira de " bien voter"
Il faudra donc observer l'infantilisation des intellects, la manipulation sur des bases simplistes des situations, la mauvaise foi, le mensonge érigés en seule analyse accessible et le culte des diverses "jeunes gardes" et de leur impunité pour comprendre que l'assassinat en meute n'est pas une manifestation séparée de la liquéfaction ambiante de la verticalité structurante des Noms du Père qui se sont effacés. EG