Ils ont dû tout d'abord simplement suivre des traces. Celles des animaux qui eux-mêmes en suivaient, qui dessinent si rapidement de petits sentiers au sol, contournent les buissons, enjambent les ruisseaux, et dont on sait qu'ils mèneront, nécessairement, quelque part.
Des chevreuils, des cerfs, de biches, puis de renards eux-mêmes les suivant et des loups, des mammifères qui vont et viennent sans cesse et qui leur ont ouvert des voies.
Ils n'avançaient pas dans un monde illisible, opaque et fermé mais dans un monde où vivre avait déjà balisé les sols, donné des directions, des flèches de feuilles ou d'herbes écrasées à utiliser comme rassurance et comme certitude.
Ils ont en même temps qu'ils apprenaient à avancer sans crainte, été tributaires des savoirs instinctuels d'espèces qui leur ont offert, avec leur premières expériences des voies possibles.
Les suivre d'abord, les poursuivre ensuite, mais en partageant les mêmes codes silencieux de cartographie des lieux.
Et, quand ils ont poussé de plus en plus loin leur avancée, et peut-être l'ont-ils poussée dès les premiers soubresauts de conscience, ils ont, encore, suivi ce qui était déjà dessiné de la connaissance des horizons à atteindre en penchant le nez au sol et en lisant les traces laissées par les passages, les territoires se suivant, les frénétiques allers et venues de la faune.
Par delà les collines, les marais, là-bas, au loin s'étalait à perte de vue la terre inconnue.
Désirable, désirable et effrayante. désirable parce qu'effrayante.
Et y accèder en se laissant guider par ces fils qui y tissaient leurs motifs permettait d'avancer devancé par des explorateurs qui s'y entendaient, qui savaient ce qu'il en était des distances et des signes qu'elles donnaient.
Ces marques, c'était la borne, la limite donnée par cette terre elle-même à son propre infini.
En toute confiance, donc, ils avançaient.