9.04.2026

Hommage inutile aux quelques moineaux encore vivants qui nous regardent.

 Hommage aux quelques moineaux encore vivants qui nous regardent.

Le pli pris depuis presque plus d'un siècle, c'est d'agglomérer l'idée de nouveauté avec celle de Progrès. C'est ça surtout la modernité. Une croyance, parce que c'en est une, que tout ce qui est produit, découvert, mis sur le marché et qui semble ne pas avoir été utilisé jusque là, est, par essence, porteur d'une amélioration.
Toute cette logique devenue si ostensible dans son acceptation globale et qui est inhérente au capitalisme a complètement asservi toute la distance nécessaire de l'humain dans ses capacités à tenter de déterminer lui-même ce que ces améliorations, ce Progrès pouvaient recouvrir dans sa réalité quotidienne ou à venir.
Le meilleur exemple est évidemment la massive intrusion des smartphones dans la vie de chacun, à tous les âges, dans toutes les situations socioéconomiques, qui s'est imposée absolument sans que qui que ce soit ait même le temps de s'interroger sur les règles et les limites nécessaires à leur usage.
Le résultat est visible : quand la civilisation des moeurs tente de suivre la technologie, elle se fait noyer, écraser, sous une sorte de chaos où les pratiques individuelles se fondent dans les us collectifs sans aucun garde-fou pour les cadrer.
C'est donc à la matière sociale de s'adapter à une imposition majeure incontournable mais informe et non à celle-ci de se jalonner dans les règles communes tacites, les usages, les lois, c'est à dire de s'humaniser.
Les soulèvements plus ou moins cahotiques des défenseurs d'un mythique retour à la terre, des adeptes de la décroissance ne disent pas autre chose que ça. Les trames des sociétés ne peuvent pas sans se déchirer être soumises à des comportements sans codes imposés par la technologie et élaborés dans l'après-coup comme faits socioculturels.
Tout ce qui touche au développement technologique des intelligences artificielles est une étape délicate puisqu'elles aussi viennent s'imposer comme des évidences progressistes, des prolongements non contestables dans leurs nécessités d'une modernisation toujours plus... moderne.
On peut tenter de faire frémir les peuples en leur faisant miroiter un avenir où ils seraient réduits à lubrifier des connexions, ce progrès, comme tous les progrès est une donnée à laquelle chacun va devoir s'adapter. Et il va de soi que avant toute chose, cette adaptation va se métastaser afin de rendre tous les rouages économico-sociaux plus rentables. Plus lucratifs.
Le reste c'est du pipeau, de la daube.
C'est ça, le Progrès.
Rien que ça, et certainement pas la matérialisation de ce "nouveau" comme métabolisation des sociétés sur leur propre devenir.
Parce qu'il n'y a plus place pour le "nouveau", dans cette impasse du siècle, sauf à immoler en son nom tout ce qui l'a précédé dans les garanties de liant qu'offraient cette régulation des moeurs.
Un des marqueurs de cet éternel retard des dynamiques socioculturelles sur les impositions des avancées technologiques est l'effondrement du droit comme valeur refuge, l'excroissance des fuites en avant dans une religiosité ou une idéologisation radicales autant que sommaires, la posture passive de ceux qui sont les premiers concernés, les humains, face à ce qui n'est, au même titre que tout esclavage est toujours une affaire de rendement amélioré, qu'un manière d'accroître les rentrées dans cette danse technospéculative en ayant, et depuis longtemps, omis de demander à ceux qui sont les premiers concernés quel pouvait bien être leur projet pour demain.
Les soulèvements d'épaules de l'écologie d'état (au sens où cet état n'est que le jus pressé par les enjeux financiers pour leur permettre de fructifier à l'infini), toujours secondés, comme revers de la médaille du pouvoir, par des décisions ostensiblement mortifères, évidentes de dévastation, et perpétuant les immolations et l'exploitation insatiable de tout par certains, ne sont pas à séparer, comme une sorte de démarche politique parallèle salvatrice de ce mouvement de désappropriation de son humanité par elle-même au nom du progrès.
En effet, tant que la question de la place et du rôle de la nouveauté, nommée "changement", "progrès" ," évolution" " tendance", "mode", "science" " avancées" etc. et incluant dans l'élaboration de son mythe une sorte de dévotion sans limite à l'état de "jeunesse", prise comme entité "en soi", nous sommes condamnés à nous placer en-deça de notre désir, réduit en l'état à ce qui doit sans cesse rattraper avec un temps de retard les astreintes des nouveaux usages imposés par les "avancées" technologiques et où la gestion de leurs outils peut faire office de savoir.

Il va de soi que cette course subie va de pair avec un silence de fond inquiet, lui aussi englouti par les hurlements constants de ce que cette même technologie et son nécessaire, structurel, système hypersimplificateur des apories humaines, a fait des questions métaphysiques pourtant inscrites dans leur adn mais qui trouvent maintenant leur réponse dans des ferveurs religieuses ou idéologiques dont on pensait avoir définitivement expulsé le besoin.
Pire et plus consternant, qui confie à cela même qui l'emprisonne la responsabilité de lui décrire ses barreaux.EG

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