07.03.2025
La poufiasse et le technocrate.
Nous sommes encore tributaires, enchaînés, aux deux corps du roi, c'est à dire encore baignés dans nos imaginaires en mal de guidance et de sécurité, dans le mythe d'une entité sachante, de par son statut de nature divine ou son aura représentative démocratique, porteuse, de par cette sorte de grâce qui lui est octroyée des coulisses fumeuses du fantasme, d'une "vision" et d'une capacité à projeter ceux et ce pour quoi elle a été choisie, élue, vers un avenir, en toute connaissance de cause.
Nous sommes incapables de seulement imaginer que là où les "choses" et leurs causes se décident, on ne puisse pas ne parler et ne décider qu'en sachant ce qu'on dit et pourquoi on le dit.
C'est à dire d'une place en-deçà de la gaine du discours sensé rallier les âmes au pouvoir de sa maîtrise, d'une place éclairée, soit par le souffle divin soit par celui du cursus socio-politique des études spécialisées des "élites".
Nous sommes incapables de seulement imaginer que cette entité, plus ou moins poreuse dans sa gouvernance aux émanations de son peuple, plus ou moins craintive quant à la capacité des invisibles à s'enflammer et à vouloir, parfois pouvoir, tout foutre en l'air, est dédiée avant tout à la tâche de nous tenir : obéissants, naïfs, passionnés, amoureux, attentifs, apeurés, fanatisés, épuisés, rentables, c'est à dire complètement coupés de toute maîtrise, de toute volonté de décision sur les divers dossiers, évènements, fonctionnements des institutions, ceci étant uniquement dévolu à ce qu'on nomme "le pouvoir".
L'opposé du pouvoir étant l'impuissance, même si le recours aux urnes est encore présenté comme le ressort de cette démocratie, pire, son essence, laissant de côté toute implication de ce peuple dans les matières et le traitement des questions qui, pourtant, le concernent et le touchent dans sa chair même.
Evidemment parfois la fine toile qui recouvre la réalité des compétences et de la maîtrise de ces dossiers, souvent brûlants, se déchire ici ou là, générant une question absolument embarrassante : savent-ils de quoi ils parlent ?
C'est à dire que, au-delà de ce qui sera catalogué comme mensonge lorsqu'on se prend à regarder derrière cette déchirure, n'est-on pas surtout aux prises avec une sombre incurie, une ignorance vertigineuse du contenu de ces dossiers, des enjeux, du contexte historique, une forme d'illettrisme politique et d'arbitraire décisionnel qui fait que quoi qui puisse être dit, ce n'est justement jamais "en connaissance de cause", mais comme dans le plus épais d'un conditionnement soumis à des poncifs, des clichés, des affabulations, c'est à dire complètement étranger à toute maîtrise mais simplement enveloppé de locutions et de certitudes rhétoriques sans fin.
Autrement dit, ce qui semble de l'ordre du politique, c'est à dire de la capacité décisionnelle éclairée par une forme de sagesse, de recul et d'un surplomb, au moins paritel des enjeux des choix et de leurs conséquences, et donc d'une forme de culture, est réduit à des jeux de langage, tous aliénés aux mêmes stéréotypes, un peu comme dans le cas de certains excellents vendeurs qui seraient capables de vous fourguer n'importe quoi en utilisant les mêmes ressorts, les mêmes stratagèmes sans que la nature ou les qualités de ce qu'ils vous vende ne soient jamais impliquées.
Il suffit pour cela de parler vite, fort, en ayant en soi la fermeté de ses appuis sur son droit au pouvoir et à son exercice, sur des pans de rhétoriques extensibles et adaptables pour pouvoir faire l'impasse sur ce qu'on appelle "le fond".
Personne ne viendra, de toute façon, contester, personne ne viendra questionner la véracité de ce qui est affirmé, puisque c'est de cette enclave du pouvoir-sachant que s'infligent ces discours ; médias, scène politique ostensiblement unifiés dans cette stratégie bien rôdée du fac similé.
Celui qui est actuellement en charge, lorsqu'il s'adresse, de sa place du pouvoir-sachant, à ce peuple bridé, semble "savoir ce qu'il dit", et effectivement il sait ce qu'il dit, mais il ne sait que ça.
Il n'a aucune idée de ce qui gît derrière ce qu'il dit, c'est à dire de ce qu'on nomme "la réalité" et de sa complexité immaîtrisable. L'énormité de l'écart entre cette réalité et ce qu'il en dit amènent évidemment à se demander comment un tel discours, émis avec une telle faconde est possible : une intelligence exceptionnelle du mensonge, de la manipulation machiavélique des foules ?
Ce qui impliquerait qu'il sait qu'il ment et qu'il connait parfaitement les enjeux qu'il cache.
Ou hélas, plus simplement, une ignorance crasse de tout, une incurie cachée bon an mal an par les atours du baratinage ?
Un argument de vente.
Cet individu a été promu sur un costume de scène qui a amené chacun de ses adeptes à le considérer comme une forme d'étoile, aggravant la dépendance des foules à son côté sacré, tout-sachant, tout-puissant, côté qui demeure une demande expresse des masses qui exigent d'être conduites et guidées.
L'esprit de mode ayant une capacité surprenante à l'effacement des mémoires et une incapacité à élaborer du savoir à partir de l'expérience, il peut resaler la soupe encore et encore, tout en ayant pourtant montré tant de fois à quel point il est nul même si il est avenu.
Le temps faisant son oeuvre sur les paillettes, l'usure de ses tactiques montre tout de même à beaucoup un esprit laminé, une pauvreté intellectuelle alarmante et surtout, une sorte de calque de la médiocrité ambiante, qui admet que des animateurs, il faut le dire, lamentables, soient érigés en martyrs de la libre pensée sans pensée, s'emparent de sujets vitaux pour baver et faire baver leur cour et puissent aller jusqu'à s'imaginer être élu à la tête du pays alors qu'ils ne sont que des bonimenteurs de foire.
L'ère de la Poufiasse vibre dans tous nos synapses, avec sa vulgarité et sa bêtise, avec ses limites logiques et ses adulations irrationnelles, avec son goût immodéré pour le trivial et son culte du médiocre, abreuvé aux fontaines des experts et des mirages de la technologie décisionnelle.
Ce type, qui a été élu par cette époque, n'est au fond que le témoin, l'incarnation du manque de rigueur, morale, intellectuelle, du manque d'exigence éducative, du manque de goût pour l'effort et le travail sous-jacents à toute entreprise, a fortiori celle de gouverner une nation.
Il incarne la promotion de l'instant, l'impossibilité à résister à la frustration, il est le parfait artefact de la société du spectacle, qui n'apprend jamais de ses erreurs, trop occupée qu'elle est à se faire dorer l' écran. EG