4.22.2026

Totalitarisme du bord

  Totalitarisme du bord.

Si on peut faire appel à la notion de totalitarisme pour qualifier notre époque, il est nécessaire de déconditionner ses emplois communs et de déplacer le lieu des concentrations de ce qu'on nommera "débats", qui n'est en fait qu'un systéme de renvoi de balle rhétorique incessant, de condamnations, réelles ou évoquées, s'effectuant quel que soit le sujet ou l'évènement, de plus en plus intensément entre ce qui se limiterait à deux "camps".
Cette nouvelle forme d'emprise, que nous qualifierons de totalitaire, prend sa forme dans cette lente montée à la fois de la violence et des censures, mais les formes de son expression ne sont pas liées aux pratiques d'un ou de l'autre "bords", rapidement dénommé, et malgré l'absolue inanité de ces qualificatifs : droite ou gauche.
Ce totalitarisme siège dans l'impossibilité de s'extraire, en tant qu'homo-politicus, de cette dichotomie, où cette supposée appartenance, ayant des vertus identificatrices définitives, condamne toute possibilité d'argumentation et tout débat.
Avec cette forme de scission fantasmée, les seules références qualifiant chacun dans son intégrité sont devenues celles d'un "bord" politique qui offre un cadre extrêmement simplifié voire simpliste et paralyse toute tentative d'autonomie.
C'est dans cette forme d'injonction à "être" et à n'"être que" de droite ou de gauche, sans jamais plus mettre à jour l'indigence de ces qualificatifs ni ce à l'égard de quoi ils se positionnent, que ce situe le totalitarisme contemporain.
Comme nous pouvons le constater dans les affaires très médiatisées qui sont offertes comme les preuves de cette main mise du clivage dans TOUS les secteurs du politique, cette relégation, admonestation, condamnation au "bord" touche tous les champs culturels, les ayant contaminés jusqu'à créer cette impasse au sein de laquelle on ne peut que se débattre faute de pouvoir débattre.
Tout, et c'est bien ici que siège ce totalitarisme nouveau, des pratiques les plus intimes aux productions artistiques, en passant par la nourriture, les fonctions vitales, n'est identifié qu'à l'aune d'une appartenance supposée qui est utilisée comme préalable identificatoire à toute décision, parole, et qui a comme effet de fagociter la précieuse autonomie de l'individu et de créer sournoisement une "mise au pas de l'intelligence"* .
Le résultat est la paupéristion magistrale et mortifère pour la vie politique et, au regard de son usage d'encadrement permanent devenu tout-puissant, pour la vie tout court.
S'il n'existe, en effet, que la reconnaissance de deux "extrêmes", devenir politique progressivement imposé par l'effondrement de ce qui se qualifiait de "centre-démocrate" sur les cartes de visites des élus, il est impossible de s'extraire d'une agonie de la vie politique et surtout d'une réflexion approfondie sur ce qu'elle est, n'est pas et devrait être.
Qu'elle se réduise maintenant à l'usage permanent de qualificatifs honteux pour "condamner" " mettre en garde", "lutter contre" etc. et, à travers ce conditionnement au binaire, avancer toujours plus loin dans celui des psychés collectives est bel et bien un mouvement d'imprégnation totalitaire puisqu'il est supposé priver chacun de son droit le plus strict à "se refuser d'en être".EG

Totalitarisme du bord