Auctoritas tutoris
Suite.
Comme une sorte de démonstration quasi quotidienne qui laisse l'ensemble de la population ébahie, l'enfance s'assassine et assassine autour d'elle, à titre individuel, clanique, ça surine, ça étrangle, ça gaz lacrymogène, ça kalachnikov, ça menace de mort etc..
Des groupes d'adolescents se retrouvent dans des lieux habituellement calmes, des centre-ville pour se friter sous les regards indignés des habitants.
La plupart des commentaires tournent autour de la responsabilité des parents... ou du gouvernement... ou de la justice... ou de la police..quelque chose comme un appel aux instances de la loi et des institutions.
On appelle à voter "correctement" en 2027, comme si une sorte de miracle allait, comme ça, pouvoir modifier ce progressif effondrement de la distance entre le conflit, assez normal, avec ses pairs et leur assassinat.
Mais on va dire que les enjeux sont bien plus profonds, bien plus obscurs pour que d'éventuels claquements de doigts viennent remédier à ce qu'on ne peut tout simplement pas entendre, dans tous les sens du terme.
On peut tout de même faire un constat simple, c'est que les assassins concernés ont passé leur enfance sous l'ombrelle d'un gouvernement où la dimension essentielle de la représentation liée à la fonction du chef de l'état était totalement broyée sous l'aberration de l'image, les doutes sur l'identité, les passages à l'acte pédophiles cachés et montrés à la fois, c'est à dire sous une sorte de laxisme absolu face à la loi.
Un pays sans tête, avec une tête folle, et au-delà des décisions absurdes, des postures creuses, des mensonges comme règle de communication, un pays livré à lui-même dans une sorte de sauvagerie institutionnelle latente évoquant les temps d'après guerre, quand les règles ne sont plus applicables, quand les liens se doivent d'être retissés et qu'on voit sourdre des bandes de très jeunes adultes devenus des groupes autonomes, sans arrimage au sol commun dévasté.
Il va de soi que là n'est pas la seule raison, la seule explication envisageable, mais nous pouvons poser l'hypothèse que l'élection de cet enfant est à la fois un message clair sur l'évolution des valeurs et en même temps un facilitateur pour leur délitement collectif.
Ce délitement ne date, comme on dit, pas d'hier.
Les années de la révolution postlibérale, mondialiste, post-moderne, progressiste, appelons les sous ces diverses formes puisqu'elles n'ont pas encore de nom inscrit dans l'histoire, ont été celles d'une avancée, d'une intrusion du scientisme dans tous les champs de la vie privée et socioprofessionnelle.
Par scientisme nous définissons un esprit qui a progressivement usurpé, au nom d'un prétendu savoir "scientifique", la place des lieux de transmission intergénérationnelles sur l'éducation, l'alimentation, et s'est progressivement installé, sous le regard de l'expertise, comme seule référence possible.
Tout comme dans n'importe quelle campagne de publicité, qui pour promouvoir le nouveau est tenu de reléguer l'ancien, les produits idéologico-éducatifs massivement promus ont relégué les cadres tacites au rang de vétusté : menus, heures de coucher, temps de sommeil, relation parents-enfants balisées par une vision partagée de la règle et de l'ordre, sous la tutelle des revues spécialisées dans ce qu'on nomme à raison la " vulgarisation" , le martelage autour du mythe de l'"enfant" ayant sa propre autonomie et son identité dèjà-là, la positivation de tout, fusse du plus médiocre, se sont amalgamés en faisant exploser littéralement tout l'échafaudage éducatif précédent qui permettait par une relative homogénéité des attitudes, des demandes des adultes à leur égard, aux adolescents de cerner ce qu'on attendait d'eux et évidemment de pouvoir s'y opposer si besoin.
A une organisation sociale où le monde adulte, dans son ensemble faisait en quelque sorte face au monde adolescent, mettant tous les tuteurs éducatifs sur une même ligne d'horizon et leur donnant une distance symbolique permettant d'en attendre les mêmes réactions, a succédé un univers de groupuscules, d'atomes de tous âges errant les uns aux côtés des autres, devenus soudain tous des ennemis, ou des dangers, ou des persécuteurs, ou des incompétents face à un "enfant" abstrait.
Une sorte de fissurisation majeure de tout le mur socio-économique qui a évacué l'imaginaire de l'inscription sociale lièe à l'appartenance professionnelle et familiale au rang d'une facétie historique dépassée au profit de l'avènement de '" l'individu".
Or comme l'"Enfant" , l" 'Individu" , ça n'existe pas.
Et comme tout ce qui cède la place à des supposés savoir externalisés et tout-puissants sur les choses les plus concrètes de votre vie, cette même vie a progressivement perdu sa "valeur" en tant que partagée, balisée, au profit d'une sorte de nivellement des attentes, des exigences, des élaborations, attaquant dans une sorte de laxisme endémique les cadres des vies personnelles, les cadres des postures éducatives partagées par tous les parents ou presque.
Au nom d'un respect de la personne, on a laissé chacun se démerder avec lui-même, parent, enfant, femme, homme, soudainement et au nom de la liberté, livré à ce qu'il doit faire advenir de lui-même sans plus de modèle social internalisé pour lui servir de phare, seul face aux scintillements du spectacle laissé en pâture non pour le faire devenir qui il est mais pour le faire baver d'envie pour ce qu'il ne sera jamais.
Une fois sa vie sans colonne vertébrale, comment ses enfants pourraient-ils attendre de pouvoir s'appuyer sur lui ?
Cette colonne, a été dans le même mouvement sciée à la base par l'idée que des enfants pouvaient être une source de revenus et, en fait, la seule source de revenus des familles.
Comment un enfant peut-il croître et se projeter dans l'avenir si il sait que de sa présence et de son maintien en tant qu'enfant dépend la survie matérielle de sa famille ?
Ce d'autant plus que si le père absent est plus rémunérateur que le père assumant sa place dans le foyer.
Ce qui se paye en se finançant dans l'API, c'est tout le système de croissance de tout être humain ou le fait pour le père de subvenir aux besoins, à tous les besoins, de sa progéniture est une des clauses de sa santé mentale et physique.
Le rôle du père n'est-il pas avant tout celui-là ?
Si il est plus avantageux de ne pas mentionner ce père, que reste-t-il de la définition même des besoins de cet enfant qui peut, dans un face à face mortifère avec sa mère, garder l'idée d'une existence où rien ne lui donne les moyens de sortir du carcan imaginaire dans lequel ces allocations, ces aides le placent sans qu'il le sache...